Politique

Gestion du Covid-19: Le président Andry Rajoelina en mode diversion

Une grande partie de chaque émission dominicale du chef de l’Etat, dont l’objectif devrait être de rassurer l’opinion, est à chaque fois consacrée à dénigrer ses adversaires, principalement Marc Ravalomanana. Une habile stratégie de diversion pour détourner l’opinion du pire scénario qui est en train de se passer à Madagascar.

«Voafehy » ou maitrisé. Ce mot a été lancé par le président Rajoelina lors de l’une de ses avant-dernières émissions dominicales sur la chaine nationale pour répondre à la question d’un journaliste sur la situation du coronavirus à Madagascar. Une déclaration qui avait provoqué l’étonnement, voire la colère de beaucoup de Malgaches puisque la situation sur le terrain était loin de refléter le constat du locataire d’Iavoloha.

Beaucoup redoutait que l’autosatisfaction habituelle du président n’incite au relâchement de la population dans le respect des règles sanitaires. Près d’un mois plus tard, les pires craintes et le pire scénario sont en train de se réaliser. Le pays frôle les 500 nouveaux cas de contamination quotidiens, les malades arrivent par centaines dans les hôpitaux débordés et dépassés par la situation, incapables de prendre en charges toutes les formes graves et, malheureusement, le nombre de morts augmente tristement avec des personnalités connues dont des parlementaires et un chef d’église parmi ceux qui sont tombés à cause du Covid-19.

Après avoir laissé le soin au Premier ministre, Ntsay Christian, d’annoncer les mauvaises nouvelles il y a deux semaines, Rajoelina ne pouvait plus se dérober dimanche lors de la rencontre très attendue avec la population dans un contexte de chaos et de panique généralisée face à la poussée de la maladie. L’homme n’était pas allé jusqu’à faire un mea-culpa sur ses responsabilités sur la situation actuelle, comme celle d’avoir d’abord laissé ouvertes les frontières durant quelques jours de trop ou bien d’avoir été incapable de faire respecter les gestes barrières et les mesures sanitaires qui sont à l’origine du chaos d’aujourd’hui.

Au contraire, il a pris à témoin les journalistes choisis pour animer l’émission pour demander quel pays au monde peut se targuer d’avoir maitrisé la propagation du virus. « Aucun », répondra timidement notre consœur qui a sans doute oublié que l’île Maurice, par exemple, a réussi à éradiquer entièrement la maladie ou bien que des pays comme la Corée du sud sont vantés pour la discipline qu’ils ont réussi à faire respecter par sa population. Mais surtout, le président Rajoelina a sans doute oublié que ce qu’on peut lui reprocher surtout, c’est de ne pas avoir réussi à tirer parti comme il se doit de l’avantage du temps que bénéficiait la Grande île au mois de mars, étant un des derniers pays à être épargné par le virus et surtout d’être une île qui aurait pu éviter tous les chaos qui règnent à l’heure actuelle en s’isolant du reste du monde.

En tout cas, le Chef de l’Etat a visiblement tiré des leçons de ses erreurs passées en faisant volte-face et annonçant cette fois-ci que la situation va empirer pour les deux mois à venir, jusqu’au mois de septembre. L’annonce d’un nouveau projet unique en Afrique risquant d’être déplacée dans le contexte de deuil du moment, il s’était livré à son exercice favori qui est de s’en prendre avec des accusations à sens unique «kabary tsy valiana» à l’adversaire qu’il semble redouter le plus, Marc Ravalomanana, en dénigrant les innombrables projets d’envergures que ce dernier avait mis en œuvre avant le coup d’Etat de 2009. Sans oublier, évidemment, de lancer des phrases pleines de sous-entendu sur le rapport de la Banque mondiale dénonçant l’existence d’un montant avoisinant les 193 millions de dollars destiné à l’aide au développement pour Madagascar et qui aurait été «détourné» vers les paradis fiscaux. En «omettant, évidemment, de préciser que ce chiffre concerne une période remontant au début des années 90 et comprenant également la première année de la Transition de 2009.

Bref, une stratégie de diversion qui risque de ne plus marcher à force d’être utilisée. En attendant, la réalité du pays est que la pandémie de coronavirus fait des ravages à Madagascar et personne ne sait jusqu’où peut-elle aller. Même si personne ne le souhaite, les scénarii à la brésilienne ou à l’américaine ne sont pas à écarter si la situation actuelle continue de s’aggraver. L’heure devrait être, au contraire, à l’apaisement politique pour que les Malgaches, quel que soit son bord politique, unissent leur force pour faire face à cette catastrophe.  Il appartient à un chef de l’Etat de montrer l’exemple et d’agir dans ce sens.

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