Politique

Conjonctures: Vers le lancement d’un compte à rebours ?

Le déploiement de l’opposition à travers le pays fait poser des questions aux dirigeants en place.

La mise en place des bureaux décentralisés de la Plateforme de l’opposition RMDM dans quelques régions s’est déroulée ces dernières semaines. Premier objectif : les grandes et moyennes villes. Il ne s’agit plus de rester dans la capitale, il s’agit d’atteindre les provinces, voire les districts. Les bureaux locaux de la plateforme se mettent progressivement en place pour mieux se structurer, s’organiser.

Pour l’opposition, « la lutte contre l’injustice et la destruction du pays » commence par l’établissement des ramifications régionales, l’assise d’une même vision politique, et la sensibilisation des citoyens face aux agissements du pouvoir en place. La finalité est ainsi de pouvoir intervenir à chaque niveau de district, afin de signifier que les tenants du pouvoir ne seront plus les seuls à s’exprimer face à la gestion globale du pays.

L’opposition sent, en effet, que l’instauration de «la pensée unique» à Madagascar constitue bel et bien un risque réel. Verrouillage politique, tentative de museler la presse (par cette nouvelle initiative à des conditions rocambolesques sur le renouvellement du bureau de l’Ordre des Journalistes de Madagascar), manœuvre au niveau des institutions, harcèlement fiscal, fermetures d’entreprises, destructions d’infrastructures «gênantes», critiques contre certains membres de la société civile, manque de discernement sur le plan économique, manque de visibilité dans la politique sociale à l’endroit des plus vulnérables, mauvaise interprétation entre famine et malnutrition, les griefs sont nombreux.

Sur tous ces sujets, l’opposition veut être entendue par les compatriotes, et veut ratisser large. Et elle ne compte pas sur la télévision nationale et la radio nationale pour un soutien.
Le calme dont fait preuve le président du RMDM, Marc Ravalomanana, agace certains gouvernants, surtout après le démantèlement des installations de Tiko à Toamasina. Ces derniers préfèrent qu’il parle, pour connaître, semble-t-il, le fond de sa pensée. Mais le numéro un de l’opposition travaille en sourdine, avec sérénité et calme déconcertant.

Les différents responsables régionaux du RMDM commencent à travailler efficacement pour assurer et garantir un minimum d’organisation. Car, ils savent pertinemment que, face à ce régime rigide, le moindre faux pas risque de retarder les actions de sensibilisation. En minorité au sein de l’Assemblée nationale, et bientôt quasi inexistante au sein du futur Sénat, l’opposition prépare le terrain, songe au contact direct avec la population, et procède à l’établissement des messages clés.

Jusqu’ici, personne ne parle d’une action globale de contestation. La priorité serait de se mettre d’accord sur un objectif. Les actions se structureront progressivement dans l’esprit de bien jouer le rôle d’une véritable opposition. Par ailleurs, les gouvernants actuels y prêtent une attention particulière. Ils sont méfiants, ils sont vigilants, et ils ripostent sournoisement par anticipation. Mais ils se préparent aussi à l’idée que l’opposition – n’ayant pas de lieux ni de canaux institutionnels adéquats pour s’exprimer – pourrait choisir « la manière forte » pour montrer son mécontentement généralisé. Et c’est ce moment que les tenants du régime redoutent, car ce pourrait être ressenti comme le début d’un compte à rebours. A leur encontre.

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