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Produits miniers: L’exportation de l’or suspendue, un monopole déguisé soulevé

Théoriquement, aucune substance aurifère n'est autorisée à être exportée par les opérateurs. La Banque centrale se présente d'un côté comme un client local de taille.

Simple coïncidence? L’exportation de l’or avait été officiellement suspendue depuis déjà quelques temps, comme l’ont attesté les opérateurs dans cette filière. Mais c’est ce jeudi 08 octobre que le ministre des mines, Fidiniavo Ravokatra, l’officialise; le jour du dépouillement des dossiers des opérateurs qui ont répondu à l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé par la Banque centrale de Madagascar (BCM) dans le cadre de la constitution de la réserve d’or.

Selon ce ministre, il s’agit d’une suspension temporaire des exportations pour l’assainissement et la mise en œuvre de la réforme menée dans la filière aurifère. Plusieurs opérateurs ne se sont en effet pas pliés à l’obligation de rapatriement de devises, rapporte-t-il. Des nouvelles dispositions doivent également être prises pour l’amélioration du contrôle aux frontières et nécessitent ce break, poursuit-il.

La Banque centrale pour sa part opte pour la discrétion. Aucune information sur les opérateurs auprès desquels l’autorité monétaire achètera l’or pour la constitution de la réserve nationale n’a filtrée pour le moment. Ce qu’on sait, en se référant à l’AMI lancé, c’est qu’ils doivent être des titulaires de permis de type PE ou PRE à substance aurifère ou des comptoirs commerciaux légaux. L’or qu’ils devront livrer auprès de la BCM doit être sous forme de lingot et d’une pureté supérieure ou égale à 930 millièmes. L’achat devra démarrer au mois de novembre, indique de nouveau le ministre Fidiniavo Ravokatra.

Contraints de travailler avec la BCM?

Cet AMI viserait également à promouvoir l’exportation des substances aurifères. Aussi parmi les critères de sélection figurait l’engagement de l’opérateur à exporter de manière légale et surtout de rapatrier les devises générées par l’exportation légale et à les céder sur le MID.

Cette décision de suspendre l’exportation visait-elle donc à obliger indirectement les opérateurs formels à travailler avec la BCM? Surtout que celle-ci ne dispose actuellement d’aucun stock d’or dans sa réserve. En tout cas, c’est la question que plusieurs d’entre eux chuchotent dans les coulisses.

«Il n’y aura pas un monopole de la filière. Tout le monde est libre d’y opérer mais il faut cependant que chaque acteur se conforme à la loi, en toute transparence. L’objectif de l’Etat est d’avoir plus de traçabilité de la chaîne de valeur de l’or», avait rassuré le ministre Fidiniavo Ravokatra lors de la signature du protocole d’accord entre le MMRS et la BCM.

La quantité d’or exportée légalement en baisse

Sur une courbe ascendante depuis quelques années, la quantité d’or exportée légalement a brusquement baissé l’année dernière. De 2833,7 kilos en 2017, le volume exporté a passé le cap des 3000 kilos en 2018 pour finir à 2423,4 kilos l’année dernière, d’après la statistique publiée par l’Agence nationale de la filière or (ANOR) au mois de janvier de cette année. L’ANOR parlait de ces deux à trois tonnes exportées mais admet que les estimations tablent sur un potentiel de 10 à 20 tonnes par an.

Deux scénarios pourraient se présenter alors: soit le volume exporté de ce métal précieux a réellement baissé, soit le contrôle de traçabilité et l’envoi vers d’autres pays n’a pas été fiable. Si c’est le deuxième scénario qui s’est confirmé, le MMRS a eu bien raison de suspendre les exportations. Mais on parle là d’or déclaré. Qui sait la quantité de l’or qui sortent clandestinement de ce pays?

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